Huit heures de travail d'affilée dans une usine automobile, vingt-quatre heures dans un magasin, un robot de quatre mètres capable de soulever 500 kg : en quelques jours, plusieurs constructeurs chinois ont voulu montrer que leurs humanoïdes sortent des laboratoires. Les annonces sont spectaculaires, mais les chiffres publiés restent ceux des fabricants. Voici ce qui a été annoncé et ce qu'il manque encore pour juger.
Le contexte : la durée devient l'argument
Pendant longtemps, les démonstrations d'humanoïdes se résumaient à des vidéos de quelques minutes, souvent préparées. La tendance de ce début novembre est différente : les constructeurs mettent en avant la durée de fonctionnement et la gestion des imprévus. C'est un critère clé pour une entreprise, car un robot utile doit tenir un poste complet sans intervention permanente.
Nous avions déjà fait le point sur la production de l'Optimus de Tesla et les ambitions européennes fin octobre. Cette semaine, l'actualité vient surtout de Chine.
Xiaomi : huit heures sur un poste d'usine
Xiaomi affirme avoir fait fonctionner un robot humanoïde pendant huit heures sur un poste de son usine automobile. Selon RoboActu (3 novembre 2026), la machine a trié des caches latéraux de console centrale, corrigé certaines anomalies et coordonné ses actions avec le système de production. L'annonce a été faite le 3 novembre lors de la World Internet Conference 2026.
En parallèle, Xiaomi teste un système d'agents construit autour de son modèle Xiaomi-Robotics-1 dans des appartements destinés à de jeunes salariés. Il y a réalisé une séquence de plus de trente minutes, sur trois pièces, avec plus de cinquante tâches.
La limite : Xiaomi ne précise ni le nombre de cycles, ni le taux de réussite, ni la fréquence des interventions humaines, ni la cadence comparée à celle d'un opérateur. Il s'agit d'une validation annoncée par l'entreprise, pas d'une mesure indépendante.
Agibot : six humanoïdes pendant 24 heures en magasin
Agibot a présenté GO-3 Preview, un modèle d'intelligence artificielle destiné à faire apprendre des tâches physiques aux robots avant, pendant et après leur déploiement (RoboActu, 3 novembre 2026). Il repose sur une architecture baptisée WRAM (World Reasoning Action Model), qui doit relier la compréhension d'une consigne, la prédiction de ce qui va se passer et la génération des gestes.
Pour l'illustrer, six humanoïdes Agibot G2 ont travaillé pendant 24 heures dans un commerce de proximité, avec les heures d'affluence, le service de nuit et la préparation du matin. Agibot revendique aussi la première place sur trois bancs d'essai de robotique (RoboDojo, RoboTwin et RoboColiseum) et prévoit de publier GO-3 en open source avant la fin de 2026.
La limite : la vidéo officielle montre un scénario piloté par le fabricant. Aucun chiffre indépendant n'est publié sur le taux de réussite, les interventions humaines ou le coût d'exploitation.
Neo1 : un robot de 4 mètres pour l'industrie lourde
Le constructeur chinois NeodraDynamics a dévoilé Neo1 au China International Industry Fair. D'après Futura (2 novembre 2026), ce robot mesure quatre mètres, pèse environ 1,2 tonne et peut soulever jusqu'à 500 kg. Il compte 41 articulations, dont 39 hydrauliques. Il vise l'assemblage, les mines, la maintenance nucléaire et les opérations de secours.
La limite : Neo1 est encore un prototype. Il est commandé à distance et suit un programme fixe, il n'a pas de batterie et doit être alimenté par câble. Il ne marche pas non plus : le fabricant prévoit de le déplacer sur roues. Ses premiers tests doivent avoir lieu dans les installations de JD Industrial.
RoboParty RP1 : un humanoïde ouvert pour la recherche
Plus discret, RoboParty a présenté RP1, aussi appelé ROBOTO 01, un humanoïde d'environ 1,30 m dont le matériel, les pilotes et les outils d'apprentissage doivent être ouverts aux chercheurs (RoboActu, 2 novembre 2026). Il existe en version de 24 degrés de liberté et en version Pro de 30 degrés de liberté, mains non comprises. Il vise les laboratoires qui travaillent sur la marche et l'équilibre.
Ce qu'il faut retenir
Ces annonces ne concernent pas le grand public : aucun de ces robots n'est vendu aux particuliers en France. Elles montrent en revanche où se joue la compétition :
- tenir dans la durée : un poste complet de huit heures, une journée de 24 heures ;
- apprendre sur le terrain : des modèles d'IA censés progresser après le déploiement ;
- ouvrir les outils : Agibot et RoboParty misent sur l'open source pour attirer développeurs et chercheurs.
Le point commun reste le manque de données vérifiables. Tant que les taux de réussite, les interventions humaines et les coûts ne sont pas publiés ou mesurés par des tiers, ces démonstrations restent des vitrines.
Conclusion
La semaine a été riche en démonstrations chinoises, avec un message clair : les humanoïdes doivent désormais prouver qu'ils tiennent un vrai poste de travail. Les prochaines étapes à surveiller sont la publication en open source de GO-3 d'ici la fin de l'année, les premiers essais de Neo1 chez JD Industrial et, surtout, l'arrivée de mesures indépendantes.
Sources : RoboActu (2 et 3 novembre 2026) ; Futura (2 novembre 2026).
Photo : AgiBot X2 au MWC 2026, JJxFile, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.